Extrême-gauche. Ils sont désormais 9123 adhérents répartis sur 467 communes. Le Nouveau Parti Anticapitaliste achevait dimanche de se mettre en ordre de bataille. Quatre jours d'effervescence politique, de votes en cascades, de motions et de débats, ont donné naissance à la première force électorale de l'extrême gauche française.
Dimanche 8 Février, Plaine Saint-Denis, 14h 50. Une forêt de poings tendus se lève, un chant retentit, l'Internationale. Il est né le nouveau parti. Anticapitaliste sans aucun doutes, mais sans l'appellation « révolutionnaire » d'origine contrôlée. Ce n'est pas passé loin : près de 47% des 700 délégués ont voté pour nommer le nouveau né Parti anticapitaliste révolutionnaire, en vain.
Accouchement sans forceps après 18 mois de gestation, mais avec quelques contractions tout de même. Tout le monde ne chante pas, certains nouveaux venus au NPA acceptent la tradition en grinçant des dents : les anciens de la LCR représentent environ 40% du Conseil politique national, soit 80 des 183 membres.
Olivier Besancenot mâche énergiquement son chewing-gum, comme à son habitude. Il est un peu pâle, bien cerné, mais arbore un large sourire. Christian Picquet, à la tête du courant minoritaire UNIR (partisan d'un front de gauche avec le PCF et le Parti de gauche aux prochaines élections européennes) est introuvable. Un membre de son courant a pris la parole gaillardement en fin de congrès pour tenter de passer une motion de dernière minute. Éjecté par le vote a mains levées, les compteurs se sont affairés entre les rangs, le soubresaut de division s'est vite éteint.
Picquet téléphone, isolé à l'écart, hors de la salle. Il doit être un peu amer comme Daniel, 27 ans, militant de son courant de longue date : « pas terrible le bilan unitaire. C'est mal barré avec Mélenchon aux européennes, sous prétexte qu'il pourrait se rallier au PS pour les élections régionales. Au lieu du « front de gauche à usage unique », nous aurions pu créer une dynamique jusqu'à la présidentielle de 2012. C'est en réalité un souci de pureté idéologique ».
Les visages sont tirés par la fatigue, les joues sont creusées par trois jours de diète au jambon-beurre pas cher. La vaste salle de congrès s'est bien vidée en trois jours. Le stand sandwich offre à qui veut prendre les stocks non consommés. Un étale propose quelques reliques du défunt parti trotskyste, des T-shirt collectors, des stylos LCR, le dernier numéro de Rouge ou des vielles éditions des années 70... La razzia des futurs nostalgiques n'a rien laissé. Le fantôme de la Ligue a cessé de planer.
Malgré le marathon beaucoup sont enthousiastes, comme Leila Chaibi, 24 ans, l'une des animatrices des pique-niques militants à l'½il dans les hypermarchés, et plutôt libertaire. Avec Abdel, un autre membre de « l'Appel et la Pioche », ils ont été élus au Conseil Politique National. « Depuis que la LCR est dissoute je me sens plus chez moi au NPA, je ne suis plus juste une invitée. On a pu voir que les vielles magouilles politiciennes, type débat à l'endurance, et motion de dernière minute ne marchent plus ».
Le trublion des super-marchés avoue qu'il y a encore des petites tentions de discipline, « mais le choc des cultures est passé, nous n'effrayons plus avec nos méthodes pique-niques illégaux. J'ai aimé voir le parti se construire par le bas, les votes, les débats. Même si certains moments étaient forcément chiants, j'ai même pas la migraine ! Adossé au NPA, nos actions vont pouvoir prendre une autre ampleur ». Abdel tempère sa camarade : « il y a quand même une direction, on ne fait pas n'importe quoi, il faudra faire plus attention, notamment avec la loi. Mais maintenant que les lignes sont claires le NPA va pouvoir grossir ». Leila, porte-parole du NPA aux cotés du facteur de Neuilly ? « On en a pas encore discuté, pourquoi pas, mais pas avec le rythme de Besancenot, et pas pour faire la potiche arabe de service », assène t-elle, le regard farouche.
16 h, bientôt l'ultime conférence de presse.
Les observateurs étrangers venus en nombre, 30 délégations du monde entier, semblent comblés eux aussi. Un militant du Mouvement socialiste des travailleurs de Buenos Aires, y voit un modèle de « force politique non sectaire » qu'il voudrait voir unir les trotskystes latino-américains. L'un des quatre secrétaires généraux de l'UNT, l'un des syndicats vénézuéliens proches du PSUV bolivarien d'Hugo Chavez, lance en espagnol « Le NPA contribue à l'espérance d'une alternative anticapitaliste dans le monde ! J'ai transmis le soutien et l'invitation d'Hugo Chavez à Olivier ».
Alain Krivine laisse comprendre que le NPA de son coté, reste circonspect sur l'action de Chavez. Adrien et Vincent, deux jeunes militants suisses du groupe Solidarités sont ravis : « on rêve de la même chose chez nous, la France à toujours été une avant-garde. Le NPA, c'est encore mieux que Die Linke (La Gauche) en Allemagne, qui s'allie avec les sociaux-démocrates. Nous avons apprécié l'élaboration démocratique des statuts ».
Les journalistes arrivent pour la cérémonie de clôture. A la question de constituer une Ve Internationale, Olivier Besancenot hésite, une fois n'est pas coutume, l'air un peu gêné. « Des pistes sont lancées en effet pour la création d'un réseau international, mais peu importe le nom », répond-il. La connotation du nom, est encore source de divisions dans le parti encore frais.
Il sera porte-parole, chose acquise avant même l'ouverture du congrès. Les autres seront désignées en mars. L'ex-candidat aux présidentielles fait l'unanimité, ses qualités d'orateur l'emportent très majoritairement sur les craintes de personnalisation du parti. La sympathie qu'il inspire est la manne électorale du NPA : le site affiche 11667 inscrits à la newsletter, et 1500 demandes de contact pour le seul mois de janvier.
Le cap est fixé pour les européennes, les présidentielles de 2012 seront déterminantes. « C'est le cadet de mes soucis », lance sans convaincre la figure de proue du nouveau parti. Le nourrisson anticapitaliste fera ses premiers pas les 7 et 8 mars prochains, donc.